Nous étions logés chez mes grands-parents, Théophile, surnommé Tlemcen (surnom lié au fait qu’un de ses oncles avait fait son service en Algérie, dans cette ville,) et Angeline.
Les premiers jours de vacances étaient réservés aux visites à la famille. Ma mère avait, à l'Aiguillon-sur-Mer et à La Faute-sur-Mer, village contigu, sept oncles et tantes et dix huit cousins germains. Quant aux petits cousins ils étaient innombrables. Nous ne chômions pas.
Grand père Tlemcen était un homme grand et fort, moustachu, au teint coloré. Grand mère Angéline était une femme plutôt effacée mais très active. Tlemcen et Angéline tenaient une "buvette" au fond de la cour, derrière leur maison. Attenants à la buvette il y avait d'un côté un hangar où étaient remisés charrette et char à bancs et, de l'autre côté, un cellier, des WC biplaces et l'écurie où résidait Coquette, la jument.
Appuyée à la maison principale était la petite maison, de construction plus ancienne. Celle ci était parfois occupée par notre arrière grand père maternel qui, étant veuf depuis 1928, habitait alternativement chez chacune de ses filles. Ce pauvre homme mourut en 1930. Il avait l'habitude de s'entailler un doigt de pied, quand il le jugeait nécessaire, pour se "purger" disait il. Cette fois la gangrène s'y est mise et il en est mort
La buvette de mes grands parents était meublée de grandes tables et de bancs. Elle était fréquentée par des boucholeurs (éleveurs de moules, ou mytiliculteurs), des pêcheurs et des cultivateurs. De plus, les dimanches d'été, il y avait la clientèle venant du bocage, par le "Petit train", pour passer la journée à la mer. Le service était assuré par grand-mère. Les consommateurs jouaient à "la belotte ou à "la manille". Le bruit était assourdissant.
Ces consommateurs avaient la fâcheuse habitude d’aller vider le trop plein de leur vessie dans la cour. Pour éviter cela notre grand père avait installé une gouttière, horizontalement et à une hauteur convenable, permettant l’évacuation de ces fluides corporels vers une fosse à purin. En été, les effluves dégagés par cette installation étaient particulièrement plaisants.
Grand mère Angéline tenait aussi un commerce de gibier. Elle recevait les chasseurs dans un local contigu à la cuisine. Ceux ci lui apportaient leur chasse de la journée. Elle rangeait soigneusement les cailles, perdrix, lièvres ou lapins dans un panier en osier qui était immédiatement expédié vers Nantes ou Bordeaux. Les chasseurs engageaient une discussion animée sur les qualités respectives de leurs chiens, de leurs armes, etc. La conversation s'éternisait ...
En fin de soirée des enfants venaient chercher leurs pères, qu'ils soient chasseurs, buveurs ou bien les deux à la fois.
Bien amicalement.
Carte des environs de l'Aiguillon et de La Faute. La maison de mes grands-parents

Un coin du village. Les boucholeurs (éleveurs de moules)

La plage de La Faute sur Mer en 1936. Un bateau de l'Aiguillon.



